Témoignage
Publié le 20 Juin 2013
Le CHARDON VERT souhaite donner la parole à des personnes qui ont à transmettre des idées, une expérience, une histoire, une passion.
Le premier de ces témoignages est celui de Paul et Roberte H, agriculteurs à Faye d’Anjou, à partir des années 50. Ils sont donc les témoins de la transformation qu’a subi l’agriculture au cours du siècle dernier.
Le CV: Paul et Roberte, il y a bientôt un an, vous êtes venus spontanément à notre rencontre nous parler d’écologie. Qu’est-ce qui a motivé votre démarche ?
Paul et Roberte: Nous sommes venus à l'écologie par accident, un vrai accident. Nos deux fils aînés se sont retrouvés très gravement malades après avoir mangé des artichauts. Ils avaient consommé la même tête d'artichaut que nous avions coupée en deux.
Après de nombreuses recherches, un professeur a trouvé l'origine du mal et a pu les soigner. Nos enfants avaient été empoisonnés par des pesticides ! Nous avions frôlé la catastrophe.
Le CV: Comment cet événement à t-il modifié votre vie ?
Paul : En fait, il n'a fait que renforcer une conviction que nous avions un peu déjà : la Nature, on n'en fait pas ce que l’on veut ! Aujourd’hui, nous la maltraitons impunément. Il est urgent de renouer avec elle.
Cette conviction s’enracine peut-être dans une autre expérience ? Plus jeune, à l'âge de 18 ans, je souffrais d'essoufflement. Les docteurs m'avaient diagnostiqué une angine de poitrine, mais les traitements n'ont jamais rien donné.
C'est finalement un naturopathe, Paul CARTON et Jacques CHAUVEAU, qui après 1h30 d'examen m'a mis la main sur l'épaule et m'a dit: Ton cœur va très bien, mais c'est ton foie qui peine. Il m'a fait une ordonnance sous forme de recommandations alimentaires. J'ai donc suivi ses conseils et trois semaines après je retrouvais la pleine santé. J’ai toujours conservé son ordonnance et je me suis toujours nourri suivant ses recommandations.
Paul et Roberte: Après l'épisode de l'artichaut, nous avons continué à travailler la vigne mais sans utiliser de pesticides. Nous avions peur bien sûr de ne pas y arriver ! Mais cette conviction de bien faire nous portait.
L'agriculture devait changer, il fallait arrêter de détruire les sols, de polluer l'air et l'eau, de se détruire la santé et aussi celle des autres !
Le CV: Vous êtes donc devenu des vignerons AB ?
Paul et Roberte: Oui et non, nous avions des pratiques respectueuses de la nature mais n'avions pas de label. Pendant 15 ans nous avons cultivé 15 hectares de vigne. Comme elles sont devenues trop vieilles, il a fallu les arracher et trouver un autre travail.
Paul : J'avais pris des cours par correspondance sur la Bio (la méthode Lemaire-Boucher) ce qui m'a permis de trouver un travail d'encadrement au foyer St. François, on aidait les jeunes à se réinsérer en leur apprenant l'agriculture biologique.
J'ai ensuite été commercial dans le Morbihan, je vendais des engrais naturels à base d'algues venant des Îles Glénans.
Roberte: Nous sommes restés une dizaine d'années en Bretagne, et puis la maison Lemaire-Boucher a eu des difficultés. Nous sommes retournés en Anjou, à Longué-Jumelle. Là, nous nous sommes installés en tant que maraîchers bio sous le label "nature et progrès". Nous cultivions un peu de tout mais surtout des légumes.
Paul: Ça a duré jusqu'au 16 juillet 1984. Ce soir là, un orage de grêle a tout détruit : verger, serres, récoltes. Et à 54 ans, je n’avais plus la force de tout recommencer. Il m’a alors fallu trouver une autre façon de gagner notre vie. Je suis rentré dans une boite de surveillance où j'y ai fini ma carrière professionnelle. Nous avons vendu notre exploitation de Longué à des jeunes qui s'installaient en bio. C'était important pour nous de transmettre notre ferme à des jeunes qui avaient les mêmes convictions.
Le CV: Paul et Roberte, merci pour ce témoignage. Pour finir, souhaitez-vous ajouter quelque chose qui vous tiendrait à cœur ?
Paul et Roberte: Aujourd’hui, on a l'impression que les gens ne sont pas heureux. J’entends beaucoup de gens se plaindre…
Sans donner de leçon à personne, nous pouvons malgré tout dire que : malgré une petite retraite d’agriculteur, malgré nos 80 ans passés et malgré ce fauteuil roulant, nous savons que l'avenir est dans la nature et dans les plantes. Cette conviction nous tient debout ! Ca nous permet aussi de rencontrer des gens intéressants et cela nous rend heureux.
Roberte : On vous remercie de relayer nos paroles.
CV : Nous échangeâmes alors un verre de l’amitié.
Dans le salon de Paul et Roberte, il y a une bibliothèque garnie de livres. Certains livres, Paul et Roberte en possèdent plusieurs exemplaires afin de pouvoir les donner !
Il y a un an, lors de notre première visite, nous étions reparti avec un livre écrit par François Couplan : La nature nous sauvera. Véritable éloge et plaidoyer pour la nature, ce livre est à l’origine de la Randonnée Plantes Sauvages Comestibles organisée par Le Chardon Vert le 25 mai 2013.
Cette fois-ci, nous quittâmes Paul et Roberte en compagnie du livre de Karine Lou Matignon, A l’écoute du monde sauvage. Qu’allons-nous en faire ?
/image%2F0185973%2F201210%2Fob_dd6cb9_p1020495-800-x-600-convert-20120624062035.jpg)